On remêle encore une fois, on éparpille, on ressasse de nouveau les fèves et le reste, et après avoir fait le signe de la croix, on dit:
«Par les mains qui les ont semées, par la terre qui les a fait germer, par l'eau qui les a mouillées, par le soleil qui les a séchées, je vous prie de montrer la vérité. Si un tel lui veut du bien, faites que je le trouve à côté d'elle, sur ces fèves; s'il lui parlera tôt, faites que je le trouve bouche à bouche avec elle; s'il viendra tôt, faites qu'il tombe de ces fèves; s'il lui donnera de l'argent, faites que je voie des fèves en croix à côté d'elle, ou, s'il me mandera quelque chose, montrez-moi la vérité dans cette bouchée de pain.»
On prend ensuite les fèves, on les enveloppe dans un morceau de toile blanche, en faisant trois nœuds, et à chaque nœud on prononce ces paroles:
«Je ne noue pas ces fèves, je noue le cœur d'un tel. Qu'il ne puisse jamais avoir de bonheur, ni de repos, ni de tranquillité en aucun lieu; qu'il ne puisse ni manger ni boire, ni dormir ni veiller, ni marcher ni s'asseoir, ni lire ni écrire, ni parler à homme ou femme, ni travailler, ni faire ni dire quoi que ce soit, jusqu'à ce qu'il soit venu la voir; et qu'il n'aime aucune femme, sinon elle.»
On tourne alors par trois fois au-dessus de sa tête la pièce de toile où sont les fèves et on la laisse tomber par terre: si elle tombe le nœud en dessus, c'est signe d'amour chez l'amant. Après avoir fait toutes les singeries que je t'ai dites, on attache le paquet à la jambe gauche de la femme qui se fait tirer les sorts, et quand elle va se coucher, elle le place sous son oreiller. C'est le moyen de donner de la jalousie à l'amant, et de la sorte elle s'éclaircit de ses soupçons.
La nourrice.—Je ne comprends pas ce «Faites que je le trouve bouche à bouche avec elle, et s'il viendra tôt, faites qu'il tombe de ces fèves.»
La commère.—Cela veut dire: «Faites que la fève mâle touche la fève femelle et qu'en tombant seule, pendant qu'on les mêle, elle montre que l'amant viendra voir sa maîtresse.»
La nourrice.—Je vois clair maintenant; oui, oui, sur ma foi, cela me plaît beaucoup.
La commère.—On prétend que sainte Hélène se lève par trois fois de dessus son siège quand on dit la bonne aventure à l'aide de son oraison, et c'est un péché dont n'absoudraient pas les stations de dix carêmes. J'ai pourtant vu croire à cela des personnes dont tu ne te douterais jamais, et, j'y pense...
La nourrice.—A quoi donc?