Nanna.—Que sais-je, moi? L'infection qui est leur maladie me fait hésiter à t'en parler. Mais sais-tu ce qu'il en est? Les gros grains ramassés par les gens qui vont sur mer, c'est au risque d'aller ramer sur les galères, au risque des Catalans, au risque de se noyer, de tomber entre les mains des Turcs, de Barberousse, de voir le vaisseau s'effondrer, de manger du pain sec et plein de vermine, de boire de l'eau et du vinaigre, et de supporter mille autres misères, à ce que j'ai entendu dire. Si celui qui va sur mer ne s'inquiète ni du vent, ni de la pluie, ni de ses fatigues, pourquoi une courtisane ne se moquerait-elle pas de la puanteur des juifs?

Pippa.—Vous faites des comparaisons on ne peut plus jolies. Mais si je m'empêtre d'eux, que diront mes amis?

Nanna.—Que veux-tu qu'ils disent, s'ils ne savent rien?

Pippa.—Comment ne le sauraient-ils pas?

Nanna.—Si tu n'en dis rien, le juif, par crainte qu'on ne lui casse les os, sera discret comme un voleur.

Pippa.—De cette façon, oui!

Nanna.—Te voici dans ta chambre un Florentin, avec ses froncements, ses remuements de babines; fais-lui bon accueil. Les Florentins, hors de Florence, ressemblent à ces gens qui ont la vessie pleine et n'osent aller pisser, par respect pour l'endroit où ils se trouvent; une fois sortis, ils submergent un terrain d'une longueur!... d'une longueur! avec l'urine que verse leur ustensile. Ils sont, je te dis, plus larges dehors qu'ils ne sont chez eux serrés; en outre, ils se montrent lettrés, gentils, polis, spirituels, savoureux, et quand ils ne te feraient cadeau de rien plus que de leur aimable langage, ne pourrais-tu pas t'en contenter?

Pippa.—Moi, non.

Nanna.—C'est une façon de parler. Suffit qu'ils dépensent au possible, qu'ils font des soupers pontificaux et des parties de plaisir bien autrement galantes que les autres; enfin, leur langue plaît à tout le monde.

Pippa.—Venez-en donc un peu aux Vénitiens.