Nanna.—Je suis contente.

Antonia.—Dis-le-moi, je t'en prie. De toute façon, aujourd'hui, c'est la Sainte Madeleine, notre Avocate; on ne fait donc rien, et, quand bien même l'on travaillerait, j'ai du pain, du vin, de la viande salée pour trois jours.

Nanna.—Vraiment?

Antonia.—Oui.

Nanna.—Je vais donc te raconter aujourd'hui la vie des Nonnes, demain celle des Femmes mariées et, le jour suivant, celle des Courtisanes: assieds-toi près de moi, mets-toi à ton aise.

Antonia.—Je suis très bien. Commence.

Nanna.—Il me vient l'envie de blasphémer contre l'âme de Monseigneur... je ne veux pas le dire, qui me tira du corps cet ennui.

Antonia.—Ne te fâche pas.

Nanna.—Mon Antonia, les Nonnes, les Femmes mariées et les Putains sont comme un carrefour. Sitôt que l'on y arrive, on reste un bon bout de temps à se demander où l'on posera les pieds, et il arrive souvent que le Démon nous entraîne dans la voie la plus triste, comme il entraîna l'âme bénie de mon père, le jour où il me fit Sœur contre la volonté de ma mère (de sainte mémoire). Tu dois l'avoir connue. Oh! celle-là était plus que femme.