Il faudrait avoir votre insensibilité, et j'en suis bien éloigné. Croyez-vous, Madame…
HORTENSE.
Auguste, ne me parle donc plus ainsi, tu m'affliges.
AUGUSTE.
Je vous afflige, ma cousine, mon aimable cousine… Mais pensez donc, réfléchissez à ma situation. Je croyais n'avoir pour vous que de l'amitié, le retour de Mondor m'éclaire… Avez-vous cru que je passerais ma vie avec vous sans vous trouver charmante? vous êtes-vous flattée que mon coeur vous disputerait long-tems la victoire? Avez-vous pensé que Mondor pourrait me ravir un espoir?… Il arrive, ce Mondor, et il vous épouse!… Eh! que suis-je donc, moi? S'il vous a rendu service, il n'a fait que ce qu'il a dû, que ce qu'un autre, que ce que tous les hommes à sa place eussent fait avec transport. Quels sont ses titres pour vous obtenir? ses cinquante ans? je voudrais les avoir, s'il les faut pour vous plaire. (Tendrement.) Mais je les aurai avec le tems, ma belle cousine. Alors j'en aurai passé trente à vous adorer, à vous rendre heureuse, et dans trente ans je partirai du point où Mondor se trouve aujourd'hui. Pensez-y, divine Hortense, cela vaut la peine d'y réfléchir.
HORTENSE.
Finissez, Monsieur, vous êtes un enfant.
MARTON.
Mais un enfant bien aimable. Vous en conveniez tout à l'heure,
Madame.