Au moment où le baron achevait, deux hommes portant l’uniforme de capitaine au chevau-légers entrèrent et vinrent s’asseoir à une table voisine. A l’empressement que montra le garçon à leur arrivée, il était aisé de les reconnaître pour des habitués, et l’officier de l’Empire tressaillit tout à coup lorsque le maître de l’établissement, s’approchant lui-même, eut dit à l’un d’eux:
—Monsieur le chevalier de Lancy désire-t-il déjeuner?
Celui qu’on venait de nommer le chevalier de Lancy était un homme de quarante-cinq à quarante-huit ans, de haute taille, à la figure basanée, aux cheveux noirs, à peine argentés çà et là d’un filet blanc. Il avait le geste impérieux, l’œil fier, la mine hautaine. Il entama presque aussitôt avec son ami une conversation dont les premiers mots étaient évidemment désagréables aux deux officiers de l’empire, car celui qui avait tout à l’heure avoué son titre de baron se leva et vint à lui:
—Monsieur, lui dit-il poliment, deux mots, s’il vous plaît.
—Je vous écoute, monsieur.
—Vous êtes le chevalier de Lancy?
—Pour vous servir, monsieur.
—Gentilhomme du Morvan?
—Précisément.
—Et le fils du marquis de Lancy, mort il y a trois ans?