—Bah!... répondit Gaston, qui devinait instinctivement la cause du retard de Mignonne, puisque les chemins sont sûrs, et qu’elle a pour compagnon maître Jupiter, un animal charmant, mais féroce, et qui voulait me dévorer hier, il n’y a pas à se faire un brin de mauvais sang. Est-ce que cela lui arrive quelquefois de s’attarder ainsi?
—Oh! mon Dieu! oui, dit l’oncle Antoine. Cette petite est rêveuse comme une femme qui fait des livres, comme devait l’être mademoiselle de Scudéri, par exemple; quand la nuit est tiède et le vent doux, ainsi que disent les poètes, ajouta le digne chevalier de Vieux-Loup, qui n’était nullement fâché de trouver l’occasion d’exhiber ses connaissances littéraires, mamz’elle s’en va par les bois et les champs rêver au clair de lune et causer avec les marguerites. Mais nous sommes en automne, les marguerites sont parties et la lune est absente.
—J’allais vous le faire observer, mon cher et digne oncle.
—Ce qui fait que nous trouvons que Mignonne s’attarde fort.
—Je suis un peu de votre avis.
—Et mon frère Joseph songeait tantôt à aller à sa rencontre.
—C’est parfaitement inutile.
—Pourquoi?
—Parce que, puisqu’elle ne court aucun danger, c’est se fatiguer sans aucun motif d’abord, et ensuite la chagriner en pure perte.
—Vous croyez?