—Ce serait difficile, il fait noir.

Et Mignonne poussa un frais éclat de rire et s’en alla escortée par Jean, qui mit entre elle et lui une distance respectueuse.

Mignonne descendit au village d’un pied léger et chantant un joli refrain morvandiau que Jean écoutait avec ravissement en murmurant à part lui:

—J’aime bien mieux entendre chanter mam’zelle Mignonne qu’écouter les histoires de M. le chevalier, auxquelles je ne comprends absolument rien.

Arrivée au village, Mignonne congédia Jean et entra chez André, le boucher, auquel elle fit ses commandes. Puis elle parut au presbytère, y causa une demi-heure au plus, se rendit ensuite chez la couturière de la Châtaigneraie, et enfin, vers neuf heures, elle reprit le chemin du manoir.

III

A gauche de ce chemin, il y avait une petite prairie bordée de saules et d’aulnes, clôturée en outre par une haie vive; et, par les tièdes soirées et les nuits obscures, c’était plaisir de s’y asseoir à deux, les mains dans les mains, et d’y chuchoter tout bas ce doux et moelleux langage de l’amour qui est le même par tous pays.

Ce fut là que Mignonne s’arrêta.

Elle s’assit au pied d’un saule et se prit à rêver. Mais elle ne rêvait qu’à demi, la chère et naïve enfant; elle n’écoutait qu’avec distraction le murmure plaintif de la brise disant des peines secrètes au feuillage des arbres; elle ne prêtait l’oreille qu’à demi au cri monotone du grillon...

Ce qui occupait Mignonne tout entière, le bruit qu’elle attendait pour tressaillir, c’était celui des pas d’Albert: le point qui, dans la nuit, absorbait son attention et ses regards, c’était un petit sentier qui courait blanchâtre et tortueux à travers la vallée et venait du manoir de la Fauconnière.