—Ah! fit Mignonne d’un ton boudeur, voyons votre excuse, monsieur?

—Ma sœur est malade, répondit Albert.

—Vraiment! demanda Mignonne avec compassion.

—Elle a été blessée à la chasse par un sanglier.

—Mon Dieu! murmura la jeune fille tremblante, et se souvenant que, dans la journée, elle avait entendu ses oncles se frotter les mains et parler de laie et de marcassins; mon Dieu! peut-être est-elle dangereusement blessée...

—Non, répondit Albert, c’est une égratignure, mais qui, cependant, a déterminé la fièvre vers le soir, et je la quitte à présent seulement. Mais elle a failli périr...

Et Albert raconta à Mignonne ce qui s’était passé, et comment, grâce à Gaston, Dragonne avait échappé à ce terrible danger.

Mignonne l’écoutait avec joie; elle comprenait instinctivement que ce pas que Gaston venait de faire dans l’affection de la famille de Lancy lui serait certainement favorable à elle-même, et qu’il se pourrait fort bien faire que la vieille rancune des Lancy et des Vieux-Loup finît par s’en aller au souffle de ce double amour.

Cependant elle se souvint des recommandations de Gaston, et comme les femmes, si naïves qu’elles puissent être, savent toujours dissimuler parfaitement leurs impressions, elle fit à Albert mille questions sur son cousin, et voulut savoir quel était son genre de vie au manoir de la Fauconnière.

Albert lui répondait avec distraction, et à mesure qu’il parlait, sa tristesse augmentait, tandis que Mignonne continuait à caqueter comme une folle et riait parfois de tout son cœur.