—Eh bien! alors, fuyons, quittons le Morvan, toi la Châtaigneraie, moi la Fauconnière!... partons! allons aussi loin que nous trouverons un chemin pour y marcher, un rayon de soleil pour éclairer notre route, l’ombre d’un arbre pour nous abriter des rayons ardents du Midi. Nous irons où tu voudras, au nord ou au sud, en Allemagne ou en Italie, que m’importe! Je suis jeune et je t’aime, je serai fort! je travaillerai pour toi, ton sourire bénira mon labeur; nous trouverons bien en un lieu quelconque de la terre, pourvu que ce soit loin d’ici, un vieux prêtre qui pratique l’Évangile et sait que Dieu ordonne de pardonner. Nous lui dirons notre histoire, la haine impie de nos pères, et puis notre amour... et il nous unira, Mignonne; il comprendra que c’est noble et bien, à nous qui devrions nous haïr, de nous aimer et de nous appuyer l’un sur l’autre...

—Mon Dieu! interrompit vivement Mignonne, mais vous me proposez de m’enlever, Albert?

—Oui, Mignonne, car c’est la seule issue raisonnable à cet amour que réprouvent nos deux races.

—Savez-vous, Albert, que ce serait un crime cela?

—Un crime! Mignonne, pourquoi un crime?

—Parce que nous désobéirions à nos deux familles.

—Mais vous savez bien, Mignonne, que leur désobéir est le seul moyen de vaincre leur obstination.

—Peut-être...

—Oh! n’essayez point de me faire partager une espérance que vous n’avez pas vous-même, chère Mignonne. Non, vous le savez bien, le sang de mon oncle fumera toujours assez pour que mon père...

—Eh bien! répondit Mignonne, nous irons trouver mes oncles; ils feront des excuses, s’il le faut!