Cependant les allures dédaigneuses de son fils inquiétaient légèrement le bonhomme. Il s’apercevait avec peine de la répugnance que lui inspiraient les travaux des champs et cette poésie du foyer, la meilleure des poésies. Il lui permettait volontiers l’habit noir, pensant que si le vêtement ne fait point toujours le moine, du moins il le fait respecter quelquefois; mais il ne pouvait accepter, sans murmurer, que monsieur Clément, lorsqu’un valet manquait à la ferme, n’ôtât point cet habit pour se charger de sa besogne.

Néanmoins, il faut l’avouer, le bonhomme Estival ne perdait, de tout cela, ni le boire ni le manger, et il comptait beaucoup trop sur son autorité paternelle, et, peut-être aussi, un peu, sur les beaux yeux de la meunière, pour ramener son rejeton à de plus saines idées.

Il s’en alla donc, un matin, à huit heures, tandis que ses bouviers déjeunaient, heurter à la porte du moulin, où la belle veuve achevait de lisser ses cheveux blonds devant un petit miroir; et lorsqu’elle lui eut avancé un siége en lui disant:

—Bonjour, oncle Estival, asseyez-vous donc!

Il commença la conversation en ces termes:

—Rose, ma nièce, quel âge as-tu donc?

—Oh! je suis vieille, mon oncle, très-vieille..., fit-elle avec une coquetterie qui sentait la ville bien mieux que la campagne; j’ai vingt ans!

—Peuh! dit le fermier, je m’accommoderais fort de ta vieillesse. Tu es jolie, Rose...

—Ah! dit-elle avec un sourire, vous croyez!

—Dame! c’est mon avis, et celui de bien d’autres. On le dit volontiers à La Bastie.