—Pardieu! se dit-il, en voici bien d’une autre! Le jeune chasseur à la voix si fraîche et si douce, c’est bien certainement mademoiselle Dragonne de Lancy! Décidément, me voici en pleine aventure de roman...
En ce moment, ils atteignaient le sommet de la colline, si bien qu’ils avaient le brouillard sous leurs pieds et qu’un rayon de lune glissant entre les nuages vint éclairer en plein le visage du jeune chasseur et arracher une exclamation de surprise et d’admiration à Gaston de Vieux-Loup.
Les peintres qui ont essayé de rendre la mâle beauté des Amazones de l’antiquité, n’ont, à coup sûr, rien créé de plus correct, de plus expressif que le visage charmant de mademoiselle Dragonne de Lancy.
Des cheveux d’un noir de jais, enroulés autour de son cou en une torsade épaisse, de façon à lui permettre la casquette de chasse, un front large, blanc et veiné de petits réseaux bleus au coin des tempes, un œil bleu foncé, profond, brillant, bordé de longs cils, une bouche charmante garnie de lèvres rouges et de dents éblouissantes, tout cela animé par la jeunesse, la force, les passions nobles et généreuses.
Sous ses habits d’homme, Dragonne était de taille moyenne et paraissait avoir quinze ou seize ans; sous les vêtements de son sexe, elle devait être grande et svelte, et porter vingt-trois ans environ.
La surprise et l’admiration de Gaston ne lui échappèrent point, et, comme elle était femme avant tout, elle accueillit l’une et l’autre par un sourire.
Gaston avait mis le chapeau à la main et paraissait, d’un geste éloquemment muet, s’excuser de la hardiesse familière avec laquelle il la traitait depuis quelques instants.
Dragonne se prit à rire.
—Remettez-vous donc, monsieur, lui dit-elle, et veuillez vous couvrir.
—Madame..., balbutia Gaston, que la beauté de la jeune fille impressionnait de plus en plus.