—Eh bien! dit Douglas, cela est entièrement faux, car ce jeune homme, que je n’ai pas perdu de vue une minute, est demeuré constamment dans la salle de bal, tandis que la reine, tandis que vous-même, lord Bothwell, vous êtes sortis tour à tour. A ces mots acérés, froids, prononcés par l’impassible Douglas, Bothwell tressaillit et pâlit; la foule le regarda avec stupeur, et Hector, ranimé par ce secours inespéré, releva la tête.

Il regarda la reine.

La reine pâle, tremblante, le regardait aussi; enfin elle murmura:

—Je suis sortie du bal, mais pour rentrer chez moi. J’y ai laissé ce jeune homme, je l’y ai retrouvé; je crois, en effet, qu’il n’est pas sorti.

La reine perdait Hector en voulant le sauver. Hector faillit mourir de joie en la voyant élever la voix pour le défendre. Il poussa le dévoûment chevaleresque jusqu’à la folie, car il dit, sachant bien que Bothwell était un monstre qui déshonorerait la reine sans scrupule:

—Votre Majesté se trompe, je suis sorti dix minutes; c’est moi, c’est bien moi qui ai tué le roi!

Douglas recula stupéfait, mais son œil perçant se riva au front d’Hector, et il devina tout:

—Marie Stuart, reine d’Écosse! s’écria-t-il, et toi, lord Bothwell, je vous accuse tous deux d’avoir assassiné, de complicité, sir Henry Darnley, comte de Lenox et roi d’Écosse! Je me porte garant de l’innocence de ce jeune homme, et je vais convoquer un lit de justice de la noblesse écossaise pour juger les coupables! Ce jeune homme sera provisoirement détenu. Qu’on l’arrête!

La reine pouvait se sauver en se jetant au bras de Douglas, en repoussant Bothwell avec mépris. La reine ne le fit point. Elle ne vit dans le premier qu’un accusateur, dans l’autre qu’un soutien. Elle prit le bras de Bothwell, se leva et dit à Douglas, avec une dignité et une fierté suprêmes:

—Je suis prête à paraître devant mes juges, mylord, et je vais les attendre sous la protection de l’homme que vous appelez mon complice, et qui est innocent comme moi!