Comme l’Espagnol, le Napolitain s’avança, rejeta son manteau boueux et se montra vêtu de velours noir fané, portant fraise jaunie, épée grossièrement taillée, mais d’une garde sûre et d’une pointe vaillante, et stylet de lazzaronne sur le flanc.
—Mon père, dit-il, le roi de Naples m’a souvent confié un régiment et donné beaucoup d’or. J’ai toujours battu l’ennemi et traité comme l’ennemi l’or du roi. Le vin de Falerne, mes créanciers,—et, par les cornes de Satanas, ils sont nombreux! les dés, le jeu de paume et les femmes ont ordinairement pris soin de vider mon escarcelle. Voyez plutôt...
Et le Napolitain secoua la bourse qui pendait à sa ceinture et dans laquelle deux pistoles s’entrechoquèrent avec un maigre bruit.
—Que vous soyez riche ou pauvre, avare ou prodigue, peu m’importe! L’essentiel est que vous soyez bien en cour et qu’un jour vous deveniez puissant. Seyez-vous à ma gauche, dit le vieillard. Vous êtes le second de mes fils, et vous vous nommiez Raoul.
Et vous? continua-t-il, s’adressant au Lorrain.
—Moi, fit celui-ci, je ne suis ni pauvre ni riche, ni grand seigneur ni vilain. Quand ma bourse est pleine, mon tavernier verse du vin de Guienne et décoiffe des flacons poudreux; quand elle est vide,—et par le pied fourchu du diable! elle l’est souvent,—il remplace le vin de Guienne par du Bourgogne, et ses flacons poudreux restent en cave.
Quant au duc de Mayenne, que je sers en qualité d’écuyer, il m’aime comme son chien, son cheval et sa maîtresse. Il me sacrifiera même ces trois êtres et tous ses amis, mais il m’abandonnera aux rapières de quatre estafiers s’il sent son dîner servi et s’il a le nez chatouillé par le fumet d’une bisque de perdreaux ou d’un salmis de bécasses. En temps de famine, c’est un homme à se dévorer lui-même tout cru.
—Et le duc de Guise, son frère, comment vous traite-t-il?
—Mal; il m’accuse d’avoir été son heureux rival.
—C’est bien, messire Gontran, car c’est ainsi, je crois, qu’on vous nomme en Lorraine. Si votre crédit est mesquin, vous avez fière mine et grand air, et, en vous voyant, l’on se dit: Bon sang ne peut mentir! Allez vous asseoir sur ce dernier escabeau. Vous étiez le plus jeune et vous aviez nom Alain.