»Le duc ne plaçait point ses mains dans les mains du roi, en signe de vasselage,—le duc était son égal, et il l’appelait «mon cousin

»Malheureusement la loi salique n’existait pas en Bretagne; les femmes régnaient. Un jour vint où la couronne ducale des Dreux brilla au front d’une femme, et cette femme deux fois l’épouse d’un roi de France, lui vendit le trône de Bretagne, lui livra son manteau d’hermine, ses clés vierges, sa liberté, et le roi, prenant tout cela, raya le nom de Bretagne du livre des nations!

»Notre beau duché ne fut plus qu’une obscure province à laquelle on envoya un gouverneur indolent qui s’établit dans le palais ducal, et substitua au loyal et paternel gouvernement de nos souverains, le despotisme et l’exaction.

»Des gentilshommes bretons, quelques-uns s’indignèrent et s’enfermèrent derrière leurs murailles, protestant par leur silence contre cette violation du droit des peuples;—d’autre fléchirent le genou et courbèrent la tête. Ils s’en allèrent, vêtus de bure et couverts d’armes non-ciselées, les maîtres nouveaux dans leur Louvre; les maîtres nouveaux les accueillirent froidement, et leurs courtisans, qui portaient pourpoints de velours et manteaux brodés, se moquèrent de leurs grossiers habits et de leurs lourdes chaussures.

»Alors, comme la vanité humaine parle souvent plus haut que le véritable orgueil, les lâches retournèrent chez eux, vendirent leurs prés et leurs moulins, puis s’en revinrent à la cour de France, vêtus comme les courtisans, ayant riches justaucorps et collerettes de fine dentelle.

»Et puis, d’autres les imitèrent, et, moins d’un siècle après, la Bretagne tout entière était vaincue, garrotée, à jamais dépouillée de son manteau ducal. L’étoile des Dreux s’était effacée devant l’astre des Valois.

»Pourtant, la duchesse Anne était morte sans postérité; le trône de France était passé aux mains du roi François, et il eût été juste que le duché de Bretagne retournât aux rejetons de ses anciens maîtres, si ces rejetons existaient.

»Le duc François avait un bâtard, un beau gentilhomme qui se nommait Robert de Penn-Oll...»

A ce nom, les quatre cavaliers tressaillirent et jetèrent à leur père un regard éloquent de curiosité.

—Attendez, fit le vieillard d’un geste.