»Le roi d’alors se nommait Henri II, et il avait pour femme Catherine de Médicis.

»Le roi eût pardonné peut-être, la reine fut implacable. Mon père avait pris les armes avec son fils aîné, âgé de vingt ans. Moi, j’en avais huit à peine, et mon corps eût fléchi sous le poids d’une armure.

»Mon père mourut sur le billot et par la hache, comme c’était son droit de gentilhomme.

»Mon frère, protégé par un gentilhomme breton au service du roi de France, parvint à fuir; il gagna les côtes d’Angleterre et jamais on ne le revit.

»Moi, je demeurais triste et seul dans le manoir de Penn-Oll, notre unique héritage.

»Alors parut un édit du roi qui ordonnait de raser le château, et l’édit fut exécuté.

»Seulement, comme je n’étais point coupable du crime de rébellion et qu’il me fallait vivre et avoir un abri, on me laissa un coin de terre et cette tour qui demeura debout sur l’ilôt de rochers où se dressait naguère la forteresse de Penn-Oll.

»J’étais du sang de mon père, mais je compris, en devenant homme, que l’heure n’était point venue de recommencer l’œuvre de mes ancêtres et de tenter comme eux la fortune.

»Je vécus solitaire dans cette vieille tour que l’aile du temps délabrait d’heure en heure, que la mer rongeait à la base, comme si la mer elle-même eût voulu détruire ce qui restait de la race des antiques ducs bretons. Une châtelaine du pays de Léon, pauvre comme moi, accepta ma main et mourut en donnant le jour au dernier de vous.

»Je vous élevai dans l’ombre et le silence, comme une louve allaite ses louveteaux, et je me dis: