—Comme j’ai toujours aimé les chiens, et celui-là plus que les autres, j’ai coutume de partager mon repas avec lui...

Marguerite regardait toujours par la fenêtre sans cesser d’écouter le roi.

—Or, comme je connais les bizarreries de cette excellente madame Catherine, notre mère, j’ai pour habitude, et—dans l’intention évidente de flatter son goût pour les chiens—de donner la première bouchée de chaque mets à Nisus.

—Ah! fit Marguerite, commençant à comprendre.

—Si Nisus trouve le morceau de son goût, continua le roi avec un sourire naïf, je prends le second pour moi et je mange en toute sécurité. Mais, si par hasard, et cela n’est point arrivé encore, il faisait la grimace, je repousserais le plat pour faire une petite malice à madame Catherine. Vous voyez bien, ma mie, que j’ai raison d’être parfaitement en repos.

Mais Marguerite, au lieu de répondre, saisit vivement le bras de son mari, et l’entraîna vers la croisée.

—Regardez, dit-elle.

La nuit jetait, comme un manteau, ses premières brumes sur les épaules frileuses de cette ville, géante déjà, qu’on nomme Paris. Le soleil avait disparu derrière les coteaux de Meudon, dans un sanglant linceul de nuages qui semblait attester l’approbation du ciel dans le drame épouvantable dont le prologue commençait.

Les deux berges de la Seine étaient encombrées de populaire; au milieu des flots de cette foule mouvante brillaient ça et là le canon d’un mousquet ou le fer d’une pertuisane; et parmi les hommes, qui se croisaient en tous sens, plusieurs portaient un linge au bras et une croix blanche sur le dos.

Ces hommes passaient les uns auprès des autres sans avoir l’air de se connaître, puis ils échangeaient des signes mystérieux et se mêlaient aux groupes divers, formés et dispersés à tout moment avec une incroyable rapidité.