—Maintenant, dit Douglas, je vais sauver ce jeune homme à tout prix et malgré lui.

Le cachot où l’on conduisit Hector était un sombre réduit, privé d’air et de lumière. Une paille humide en jonchait le sol; des murs noirs, sans écho, semblaient y peser de tout leur poids et de toute leur tristesse sur l’âme des prisonniers.

Mourir en plein jour, en plein soleil, devant une marée de peuple qui se racontera, le soir, les minutes de votre heure dernière, après avoir applaudi à l’héroïque courage avec lequel vous avez tendu la tête à la hache du bourreau—tout cela n’était rien pour un homme de la trempe d’Hector. Mais le cachot, c’est-à-dire l’agonie morale qui précède l’agonie physique, cette mort de l’âme qui devance la mort du corps, voilà ce qui épouvante et glace les plus braves.

Hector subit cette torture pendant le reste de la journée. Quand il se retrouva seul, isolé du monde vivant par des portes de fer et des murs qui ne laissaient arriver au dehors ni les cris, ni les sanglots des captifs, il songea à la reine.

A la reine, qui n’avait point deviné son dévoûment; à la reine, qui l’avait accablé de son dédain, qui battrait des mains, sans doute, quand sa tête roulerait du haut de l’échafaud et irait ensanglanter le pavé. Et ce qui l’occupait surtout, ce qui arrêtait la circulation du sang dans ses veines, ce n’était point le mépris, l’ingratitude de celle qu’il aimait—c’étaient les dangers dont il la voyait environnée, les orages qu’il devinait devoir fondre sur elle, du jour où elle livrerait à Bothwell sa confiance, son cœur, les secrets de son âme.

Alors, il se souvint que Douglas lui avait promis une heure de liberté—et il espéra.

Les heures s’écoulèrent pour lui avec une lenteur mortelle, l’œil attaché sur l’étroite meurtrière au travers de laquelle filtrait un rayon blafard; il attendit, dans une suprême et muette anxiété, que ce rayon, pâlissant peu à peu, finît par s’éteindre et annonçât, en mourant, l’arrivée prochaine de Douglas.

Alors encore, comme un monde de pensées se heurtent d’ordinaire dans le cerveau d’un prisonnier—il se souvint de son récent voyage à la tour de Penn-Oll, du serment qu’il avait fait, de sa mission dans l’avenir, et il se demanda jusqu’à quel point il avait le droit de sacrifier à son amour—passion égoïste, puisque son cœur seul était en jeu—les intérêts de cet enfant qu’il avait juré de replacer sur le trône de ses pères.

Ne devait-il point accepter ce salut que lui offrait Douglas? Irait-il volontairement à la mort, quand il pouvait retourner à la vie?

Hector ne s’était point encore répondu, quand un léger bruit se fit derrière lui et attira son attention. Le rayon de lumière du soupirail s’était évanoui, la nuit était venue et les faibles bruits extérieurs parvenus jusqu’à lui durant la journée, s’éteignaient graduellement.