Cette nuée de courtisans, cette foule obséquieuse et attentive,—fière tout à l’heure de sa souveraine, orgueilleuse de sa beauté, ivre de ses sourires,—s’était dissipée lentement et avec terreur.

Les uns la croyaient innocente, les autres l’accusaient; tous la voyaient, avec une tristesse profonde, aller se réfugier sous l’épée de Bothwell, et comprenaient vaguement qu’elle se condamnait elle-même par cet acte.

La reine eut le cœur serré en pénétrant dans ces salles tièdes encore du bal et du festin, à travers les croisées desquelles elle avait vu soudain flamboyer les monts et éclater le volcan creusé sous la demeure du roi.

Ces salles, emplies naguère, étaient maintenant désertes; à peine, çà et là, voyait-on accoudé à une cheminée, dans une sombre et pensive attitude, quelque jeune page, fier encore d’un sourire que la reine d’Écosse avait laissé tomber sur lui, et courroucé de l’accusation lancée contre elle comme un défi.

Puis encore c’étaient quelques femmes de service, quelques dames d’honneur, éparses par les salles, errantes à travers les corridors, s’interrogeant à voix basse et d’un air consterné; quelques vieux serviteurs du vieux roi défunt qui avaient vu naître Marie Stuart, l’avaient suivie en France, en étaient revenus avec elle, et qui, à cette heure fatale, se demandaient si l’Écosse était tombée si bas qu’elle accusât sa reine du plus grand des forfaits.

Quant aux courtisans, aux grands seigneurs, bannerets et lords de la plaine ou lairds des montagnes et chefs des clans, ils avaient disparu du château et s’étaient réunis à l’hôtel du comte de Douglas.

Lord Douglas et lord Darnley, père de la victime, étaient devenus, spontanément et sans appel, les chefs tacites d’une insurrection menaçante, dont l’attitude, toute passive encore, avait un caractère plus effrayant, plus redoutable, que celui qu’elle aurait eu les armes à la main.

Au milieu de tous ces seigneurs, dont la voix était unanime à formuler une terrible accusation contre la reine et Bothwell, Hector se trouvait tête nue et sans armes. Mais il avait bien moins l’attitude d’un prisonnier et d’un coupable, que celle d’un champion fort de son innocence, fort de son amour, et qui, à lui tout seul, sauverait celle que tous accusaient.

Du reste, parmi ceux qui l’entouraient, nul ne croyait à son aveu, nul n’était disposé à reconnaître en lui le vrai coupable... Douglas avait répondu de son innocence.

—Mon gentilhomme, lui dit le noble lord, l’entraînant dans une embrasure de croisée, quel jeu jouez-vous?