Le paysan franchit le seuil de sa cabane, interrogea les étoiles qui scintillaient à travers le ciel brumeux et répondit: il en est dix environ.

—Alors, ajouta Gaëtano, il n’y a pas de temps à perdre. Toi, don Paëz, vous Henry, vous allez gagner un fourré, vous emmènerez mon cheval, et si je pousse un cri, si j’appelle et demande aide et secours, vous arriverez.

—Frère, dis-je à Gaëtano, nous ferions beaucoup mieux de gagner le fourré tous trois et d’y attendre le jour. Que nous importent les amours d’un gentilhomme et de sa maîtresse?

—J’ai un pressentiment, répondit-il d’une voix profonde.

Nous lui obéîmes, emmenant les trois chevaux que nous attachâmes dans le bois; puis, nous revînmes, en rampant, nous blottir dans une broussaille, à dix pas de la hutte.

Pendant ce temps, Gaëtano, avant de s’enfouir dans le monceau de litière, avait dit au bûcheron:

—J’ai l’œil sur toi, au moindre geste équivoque, au moindre signe de trahison, malheur à toi!

—Vous m’avez payé, dit le bûcheron, j’ai touché le prix du silence, je serai honnête.

Quelques minutes après, le pas d’un cheval se fit entendre sous le couvert et vint s’éteindre au seuil de la hutte; le bûcheron ouvrit sa porte.

Un homme entra enveloppé dans son manteau, et le visage soigneusement caché sous les larges bords de son feutre; il jeta la bride au bûcheron qui plaça le cheval près du sien, et, sans prononcer un mot, il s’assit près du feu sur un escabeau, approcha ses jambes engourdies des tisons brûlants et parut attendre avec impatience.