—Après?

—Bothwell, je le sais de source certaine, boit chaque soir, en se mettant au lit, un verre de vin d’Espagne... Dans celui qu’il prendra ce soir, son valet, gagné par mon or, a versé deux gouttes de la fiole que voici;—cette fiole, nous l’avons achetée à Paris, il y a cinq jours, sur le pont Saint-Michel, dans la boutique de maître René le Florentin, parfumeur et gantier de la reine Catherine de Médicis.

—Du poison?

—Non, mais du hatchis; une pâte noirâtre délayée, un breuvage oriental qui engourdit les membres, trouble la raison et transporte l’esprit dans un monde imaginaire.

—Je commence à comprendre...

—Ah! tu comprends enfin, n’est-ce pas? Tu comprends que les régicides vont à l’échafaud la tête couverte d’un voile noir, et que ce voile ne tombe qu’avec la tête? Tu comprends que dans quatre heures, c’est-à-dire une heure avant le supplice, nous pénétrerons tous quatre dans la chambre du noble lord, que nous te coucherons dans son lit, tandis que nous le couvrirons du voile et des habits du condamné? Tu comprends encore, sans doute, qu’il n’est pas rare de voir l’homme qui va mourir avoir la tête en délire et les membres affaiblis, et qu’on mettra sur le compte de la terreur les mots incohérents, les phrases inachevées, la voix étranglée de cet homme que nous serons obligés de porter sur l’échafaud.

Hector étouffa un rugissement de joie.

—Tu es un homme de génie! murmura-t-il.

—Silence! fit soudain don Paëz, on vient!

Et, en effet, la porte s’ouvrit, et le secrétaire de Bothwell parut sur le seuil.