Cinq ans s’étaient écoulés depuis son départ d’Écosse; mais le temps avait été impuissant à écarter de son front ce voile de sombre tristesse que nous lui avons déjà vu. Il était aussi mélancolique, aussi désespéré, le pauvre jeune homme, que le jour où son frère Gontran l’arracha tout sanglant du combat et l’emporta, sur son cheval, loin de Bothwell et de cette reine ingrate qu’il avait tant aimée.
En vain don Paëz avait-il cherché à cicatriser la plaie vivace de son âme: soins empressés, attentions exquises, tout avait été superflu.
Hector avait voulu vivre loin du monde, il avait paru regretter les montagnes et les sauvages vallées de sa chère Écosse: don Paëz lui avait fait élever cette maison, dont le style rappelait l’Écosse, au milieu de ce paysage agreste qui avait un air de famille avec les sites des monts Cheviot; Hector avait un jour souhaité de revoir Mary, la nourrice de son malheureux Henry, don Paëz avait fait venir la vieille femme.
Don Paëz, l’ambitieux et le cœur froid, laissait ses rêves de grandeur et son égoïsme sur le seuil de la maison d’Hector. Il l’aimait plus que Gaëtano, plus que Gontran, plus que tout au monde. Hector, c’était pour lui cette maîtresse qu’on dérobe à tous les regards, dont on cache l’existence à tous, pour laquelle on s’échappe furtivement et qu’on vient visiter en secret. C’était encore cet enfant gâté dont on épie les fantaisies et les caprices pour les satisfaire aussitôt, dont on envie un sourire, dont la joie devient une source de bonheur, dont la tristesse assombrit l’âme et plisse le front.
Don Paëz avait laissé ignorer à la cour l’existence de son frère; il venait le voir, à l’insu de tous, même du roi. Pour quelques heures, il oubliait près de lui ses rêves, son but, son orgueil. Il prenait dans ses mains la tête blonde d’Hector, comme un frère aîné celle d’une sœur chérie, il la couvrait de baisers et cherchait dans ses yeux un furtif rayon de bonheur.
Hélas! ce rayon ne brillait jamais!
Hector accourut, se jeta dans les bras de son frère qui l’y tint longtemps serré;—puis il lui dit:
—Passeras-tu la journée avec moi, Paëz?
—Non, dit brièvement Paëz, je ne descendrai pas même de cheval.
—Mon Dieu! fit Hector tremblant et regardant le soucieux visage de son frère; qu’as-tu donc, Paëz?