—Que me dis-tu donc là, frère?

—Le roi me donne le gouvernement de l’Albaïzin, un faubourg de Grenade, à moi son colonel des gardes! N’importe! il faut obéir; et pendant que je serai loin de lui, mes ennemis infatigables et qui ont juré ma perte, mes ennemis creuseront sans relâche un souterrain dont la voûte s’écroulera sous mes pas, à mon retour. Je n’ai personne à Madrid, personne à l’Escurial qui m’aime assez pour me défendre.

—Je te défendrai, moi, dit fièrement Hector.

—Aussi viens-je à toi pour te dire: Frère, nous nous devons l’un à l’autre, car nous porterons un jour le même nom, et il faut que ce nom soit grand et respecté entre tous; tu étais en péril en Écosse, et je suis accouru; maintenant c’est moi que le danger menace. A moi, frère! à moi!

—Je suis prêt, répondit Hector. Que dois je faire?

—J’ai annoncé au roi l’arrivée d’un gentilhomme écossais dont il fera un gentilhomme de la chambre; j’ai sa parole royale que nul, à la cour, ne saura que nous sommes parents;—tu y porteras le nom de ton père adoptif, ce laird écossais qui t’éleva. Ta charge te placera près du roi à toute heure; à toute heure tu pourras l’approcher et veiller sur mes ennemis, qui sapent sourdement mon crédit et ma faveur.

—Et je ferai bonne garde, frère, sois tranquille.

—Le plus acharné de tous est le grand chancelier, et il se nomme don José Déza.

—Bien, et les autres?

—Des autres, deux sont redoutables: le duc d’Albe et don Antonio, le grand inquisiteur.