Don Paëz avait ses pistolets au poing. Il laissa faire dix pas au monstre, l’ajusta ensuite et fit feu.
L’ourse jeta un cri de douleur, recula d’un pas et ne tomba point; elle se remit en marche, au contraire, et arriva si près de son adversaire qu’elle lui brûla le visage de sa rugueuse haleine.
Alors don Paëz étendit le bras, et de son second pistolet lui cassa la tête;—elle tomba raide morte.
Mais au moment où il se retournait triomphant vers l’infante, celle-ci poussa un cri d’indicible effroi, et, étendant sa main tremblante vers les bruyères voisines, montra à don Paëz une masse noirâtre qui bondissait vers eux.
C’était le mâle de l’ourse qui accourait venger sa femelle et ses petits.
Et don Paëz n’avait plus d’arme chargée! il ne lui restait que sa dague...
L’ours n’hésita point; comme sa femelle, il ne flaira pas ses nourrissons morts, il ne prit pas garde à celui qui, suspendu à un arbre, remplissait l’air de ses hurlements;—il bondit vers don Paëz, et fut si rapide dans son élan, que l’Espagnol désarmé n’eut point le temps de tirer son arme.
L’ours était tout debout et touchait don Paëz.
Il ouvrit les pattes, saisit le gentilhomme et le serra sur sa poitrine velue avec une violence telle, qu’il en fut suffoqué et ferma les yeux une seconde.
Un cri d’angoisse de l’infante, qui demeurait immobile et pétrifiée à quelques pas, rendit à don Paëz son énergie et son sangfroid.