Moi, pendant ce temps, je débarquerai avec Gaëtano et les débris de ma garnison sur un point quelconque des côtes du royaume de Valence, où nul ne m’attendra... Alors, et sans m’arrêter, je marche rapidement sur Valence que je prends d’assaut; je laisse dans ses murs deux mille hommes et je poursuis ma course vers Grenade; les Maures, abattus un moment, se lèvent de nouveau à ma voix et grossissent mon armée; les places fortes qui se trouvent sur mon passage m’ouvrent leurs portes sans coup férir, ma marche devient un triomphe, et dans un mois j’ai reconquis tout le royaume de Grenade...
Un coup de tonnerre interrompit don Paëz;—la foudre rugit de nouveau, le vent, apaisé jusque-là, s’éleva tout à coup, mugissant avec une violence inouïe—et la mer vint se heurter aux rocs de la grève avec une fureur telle, que la princesse s’écria, frissonnante:
—Mon Dieu! voici la tempête, et si la flotte amène à la côte elle y brisera son dernier vaisseau!
—Eh bien! répondit don Paëz, ce sera pour la nuit prochaine.
—Oh! j’ai peur... exclama-t-elle en montrant la flotte qu’on voyait s’avancer toujours à la lueur des éclairs multipliés.
—Peur? fit-il avec un sourire et l’attirant sur son sein; peur, auprès de don Paëz?
Elle tressaillit à cette voix si mâle et si fière:
—Non, dit-elle, je ne crains rien, puisque tu m’aimes!...
La flotte avançait toujours, et don Paëz, à chaque éclair, la voyait courant des bordées et luttant contre le courant avec cette habileté particulière aux marins génois de l’époque.
—Cordieu! s’écria-t-il à son tour, si ces gens-là font cent brasses encore, ils sont perdus!