Elle souleva les tentures de soie qui couvraient les murs, fit jouer un panneau de boiserie, et mit à découvert un magnifique coffre incrusté.

Don Paëz poussa un cri et recula.

Ce coffre était plein de diamants. La fortune de tous les juifs de l’Europe n’eût point suffi peut-être, à en payer la moitié.

Le cavalier, ébloui, mit les mains sur ses yeux et chancela; mais soudain, reculant d’un pas encore, tandis qu’elle se retournait triomphante et cherchait son sourire, il redevint pâle, hautain et lui dit:

—Tu me donneras des richesses incommensurables, pauvre femme! Mais ce prestige étincelant qui fascine les hommes et les enchaîne, ce prestige qu’on nomme le pouvoir, me le donneras-tu?

—Oh! s’écria-t-elle éperdue, l’ambition! toujours l’ambition!

—L’ambition sans cesse! reprit-il d’une voix éclatante; l’ambition qui creuse le cœur et la tête, l’ambition qui tue, mais qui vous fait si grand qu’on regarde les hommes avec dédain, qu’ils deviennent des marchepieds, des machines intelligentes dont on sert et qu’on méprise. Oh! voilà désormais ma seule maîtresse et ma seule passion!

Et don Paëz se redressa insensible et fort comme au moment où il avait quitté le palais de l’Escurial.

La princesse, un moment foudroyée par ces paroles, se redressa à son tour; elle s’élança vers lui, elle reprit sa main et la serrant avec force, l’œil flamboyant, le geste saccadé:

—Don Paëz, s’écria-t-elle, tu veux posséder le pouvoir, tu as soif d’une puissance sans bornes? Eh bien! je te donnerai un trône...