A demi-couchée sur son lit de repos, elle contemplait l’horizon charmant qui se déroulait autour d’elle avec un sourire amer plein d’une résolution suprême. On eût dit la reine de Carthage pleurant Énée et prête à monter au bûcher. Deux Maures agenouillés agitaient devant elle de grands éventails et la considéraient d’un air inquiet. Elle ne paraissait pas même s’apercevoir de leur présence et elle demeurait indifférente à ce qui se passait autour d’elle. Une pensée tenace, ardente, dominatrice, plissait son front et réunissait ses noirs sourcils; le sourire crispé de ses lèvres prenait peu à peu une expression cruelle, et les Maures qui ne cessaient de l’épier en étaient épouvantés.
Tout à coup elle se releva brusquement et appela:
—Saïd? Saïd?
Un Maure à la tête blanche, qui se tenait dans une pièce voisine, un livre à la main, accourut et l’interrogea du regard.
—Mon bon Saïd, lui dit-elle, toi qui es le plus savant médecin des Espagnes, sais-tu s’il existe un genre de mort qui n’altère point la beauté?
Cette parole fit tressaillir le Maure, qui répondit avec vivacité:
—Que vous importe, madame?
—Je veux le savoir.
—Eh bien! répondit le Maure avec hésitation et attachant sur elle un regard pénétrant, je n’en connais point.
—Tu mens, Saïd; tu mens, mon vieil ami...