—Tu fuiras, reprit don Fernand, car mon peuple a besoin d’un roi.
Don Paëz frissonna.
—Ne me tente pas! s’écria-t-il, et laisse-moi mourir à tes côtés.
—Don Paëz, don Paëz, murmura don Fernand, l’heure s’écoule et nous dépensons les minutes en vaines paroles. Prends ton épée, don Paëz, et emmène ma sœur.
—Mais tu veux donc que je devienne un lâche!
—Je veux que tu sois roi, don Paëz. Les rois, mes pères, transmettaient la couronne aux femmes quand ils n’avaient pas de rejetons mâles;—moi, je meurs sans enfants, et je laisse mon sceptre à ma sœur. Or, tu sais bien, ami, qu’elle t’aime et te voudrait donner l’empire du monde au lieu de ce trône, encore chancelant, que j’ai sacré de mon sang et de celui de mes sujets. Tu la conduiras à l’armée maure, que j’ai quittée la nuit dernière et qui arrivera trop tard ici; elle se fera reconnaître, tu l’épouseras et tu seras roi. Tu veux te venger, ami, la haine universelle vouée à Philippe II est entrée enfin dans ton cœur! Eh bien! tu pourras maintenant traiter de roi à roi, d’égal à égal; tu pourras soutenir dignement la lutte... et si tu tombes, un manteau de pourpre sera ton linceul!