Sa femme était une longue, sèche, triste créature qui se plaignait de la pluie quand il pleuvait, du froid si la bise soufflait, du soleil quand le brouillard voulait bien lui livrer passage.

Madame Cooman recevait quotidiennement la visite de deux médecins qui lui prescrivaient des remèdes conformes à son état de maladie imaginaire.

Miss Cooman ne ressemblait pas plus à sa mère qu'un bouleau ne ressemble à un peuplier.

Elle était toute petite, toute large, toute ronde, toute grasse, avec de petits yeux gris et de grosses lèvres charnues.

La mère se plaignait de maigrir, la fille était au désespoir d'engraisser toujours.

Du reste, elle n'avait pas meilleure humeur, et master Goldsmicht, le guichetier, avait coutume de dire:

—Sir Cooman a toujours l'air de bonne humeur, mais, au fond, entre ces deux mégères, il doit être bien malheureux.

Master Goldsmicht s'était trompé, jusque-là du moins.

Depuis vingt années qu'il était gouverneur de White-Cross, sir Cooman était l'homme le plus heureux du monde. Il riait de bon cœur et toujours, et quand il visitait un nouveau détenu, il lui donnait les plus belles consolations du monde et finissait par cette conclusion que nulle part on n'était aussi bien que dans White-Cross, et que la liberté est une mauvaise plaisanterie qu'il faut fuir comme la peste.

Une seule chose amenait parfois un pli léger sur le front de sir Cooman et dérangeait la symétrie de ses cheveux soigneusement frisés.