Mais à présent la vertu dormait,—il le croyait du moins,—Shoking pouvait bien faire quelque chose pour ses vices.

Or, depuis vingt-quatre heures, Shoking avait de l'or dans ses poches, ce qui ne lui était peut-être jamais arrivé, et depuis vingt-quatre heures, Shoking n'avait peut-être jamais eu le gosier aussi sec.

Il s'en allait donc boire une bouteille de stout, bien persuadé que l'Irlandaise, brisée par l'émotion et la fatigue, ne tarderait pas à s'endormir, si elle ne dormait déjà.

Shoking se trompait.

L'Irlandaise, en chemise et nu-pieds, le suivit du regard jusqu'à ce qu'elle l'eût vu tourner le coin de la rue.

Alors elle s'habilla à la hâte et ouvrit la porte sans bruit.

La maison tout entière était louée en garni.

La maîtresse du boarding se tenait au rez-de-chaussée, dans un petit parloir où elle se calfeutrait auprès du poêle et, passé huit heures du soir, elle ne s'occupait plus de ses locataires, qui allaient et venaient, rentraient et sortaient à leur fantaisie, ceci étant convenu qu'à Londres on fait ce qu'on veut.

Il y avait bien un carreau vitré qui permettait de jeter un coup d'œil du fond du parloir dans le corridor; mais la bonne dame, qui lisait toujours fort attentivement, ne daignait même pas tourner la tête.

L'Irlandaise passa rapide devant le carreau, ouvrit la porte qui ne fermait qu'au loquet et s'élança dans la rue.