Qu'on se figure un gigantesque cylindre à deux étages divisé par petites cases.
Dans chacune de ces cases est un condamné.
Le condamné est suspendu par les mains à une barre transversale et immobile.
Les pieds pendent dans le vide.
Croyant trouver un point d'appui, il les pose sur une palette qui est un parallèle à la barre.
Mais la palette fuit sous le pied; une autre lui succède, et fuit encore, et encore une autre, et mille autres ainsi: c'est le cylindre qui tourne, et les deux pieds du condamné jouent le rôle de l'eau qui tombe dans les godets d'une roue de moulin.
Si le condamné s'arrêtait avant qu'on ait arrêté la machine, il aurait les jambes broyées.
Le cylindre s'arrête tous les quarts d'heure.
Alors le condamné, en sueur, exténué, sans haleine, descend de son banc de supplice, remet son bonnet de police à galon jaune et s'assied sur un escabeau qu'un autre condamné occupait tout à l'heure.
Ce dernier a pris sa place et l'infernale machine se remet à tourner.