Et le mystérieux personnage se dirigea vers le pont de Westminster, qu'il traversa, et, comme huit heures sonnaient, il entra dans Scotland-yard, où il avait en ce moment une affluence inusitée de policemen.
XXIII
Il est des gens qui ont le talent de se déguiser sans rien changer à leur costume.
Une certaine inclination donnée tout à coup au chapeau, un vêtement qu'on boutonne, des cheveux qu'on ramène sur le front ou qu'on en écarte, il n'en faut pas davantage pour qu'un homme habitué à se grimer se rende tout à coup méconnaissable.
C'est ce qu'avait fait l'homme gris, dans son trajet d'Adam's street à White-Hall.
Quand il rentra dans Scotland-yard, ce qui, traduit mot à mot, veut dire «cour des Écossais», mais en réalité l'office général de la police, il ne ressemblait pas plus à l'homme qui avait sauvé le petit Ralph que le bon Shoking ne ressemblait, malgré ses prétentions, à un véritable gentleman.
Les policemen qui le virent entrer d'un pas roide, le chapeau sur l'oreille, jetant à droite et à gauche un regard oblique, se dirent entre eux:
—Voilà cet agent qui vient de province et en qui les chefs ont si grande confiance.
Comment l'homme gris était-il entré dans la peau de l'agent Simouns, qui venait de Liverpool, où il avait rendu d'éminents services, voilà ce qui ne se pouvait expliquer que par les ramifications sans nombre du fenianisme.
Toujours est-il que le jour où l'homme gris avait eu besoin de pénétrer dans Cold Bath field et d'y planter les premiers jalons de l'évasion de Ralph, il s'était trouvé un homme du nom de Simouns que le chef de la police provinciale recommandait à la police métropolitaine comme très habile.