S'il est brave, il parlera au peuple.

Si les affres de la mort le tiennent, il se contentera d'embrasser le prêtre, laissera le bonnet noir couvrir sa tête et tomber sur ses épaules, puis la trappe s'affaissera, et tout sera dit.

A huit heures, les chirurgiens constateront la mort, et le cadavre sera enlevé.

Alors, le peuple s'en ira comme il est venu, les chaînes seront enlevées, l'échafaud démoli, et, lorsque le négociant et le banquier arriveront de la campagne, ils se mettront tranquillement à la besogne, comme si de rien n'était.

Or, ce jour-là, avant-veille de la Christmas, Old Bailey avait été témoin d'un semblable spectacle. On avait pendu le matin un pauvre diable de Français, condamné pour avoir assassiné la femme qui partageait sa misère.

Ivres de désespoir tous deux, sans vêtements et sans pain, les deux malheureux avaient résolu d'en finir avec la vie.

Le Français avait tué sa maîtresse d'abord, puis il avait tourné le coutelas fumant vers sa propre poitrine, et sa main tremblante n'était point parvenue à l'y enfoncer tout entier.

Il avait survécu, la cour d'assises l'avait déclaré assassin et condamné à être pendu.

C'était le matin même que le malheureux avait payé sa dette à la justice, et bien qu'il fût près de dix heures et qu'il ne restât pas dans Old Bailey la moindre trace de l'exécution, une certaine animation régnait au seuil des magasins, et les commis s'attroupaient et causaient entre eux.

La maison occupée par la maison de banque Harris Johnson et Cie était surtout en rumeur.