Petit, gros, rubicond, les lèvres charnues, les dents jaunes et mal plantées, chauve comme un genou, M. Morok ne savait de la vie ordinaire que ce qui se rapporte directement aux opérations de la banque.

Pour lui, le monde était un grand livre immense sur lequel les clients se divisaient en deux catégories, les débiteurs et les créditeurs.

Tout homme qui n'était pas en relations directes ou indirectes avec la maison Harris, n'existait pas.

M. Morok était garçon, il avait horreur des femmes et des enfants, et avait coutume de dire que se mettre en famille était une opération déplorable.

Comme il ne s'était jamais amusé, il avait horreur de ceux qui s'amusent.

Le jour où M. Harris, homme de plaisir, l'avait mis à la tête de la maison, avait été un mauvais jour pour tous les employés. M. Morok voulait qu'on fût exact, qu'on travaillât nuit et jour et qu'on touchât les appointements les plus minimes.

Ce jour-là, M. Morok était arrivé dans Old Bailey de plus méchante humeur que de coutume.

—Je vous demande un peu, mon cher monsieur, disait-il à monsieur Colmans, le teneur de livres qui entra dans sa cage grillée, à l'ouverture des bureaux, je vous demande un peu s'il est raisonnable de nous faire un pareil esclandre dans une rue où s'abritent tant de maisons sérieuses.

Je ne suis pas philanthrope, certes non, et je trouve que la peine de mort est nécessaire; sans cela on nous pillerait toutes nos caisses. Mais est-ce une raison pour qu'on exécute dans Old Bailey?

Toute la nuit, la foule qui circulait dans Farringdon, où je demeure, m'a empêché de dormir.