Les quatre roughs montèrent donc à bord du Manning house avec leur prisonnier. Puis ils descendirent à l'intérieur par l'échelle du grand panneau. La nuit était sombre, et le dedans de la péniche était plongé dans une obscurité profonde. John tira de sa poche un briquet phosphorique et alluma une petite mèche de cire jaune repliée sur elle-même comme un écheveau de fil.

Alors les reflets de la mèche éclairèrent l'intérieur de la barque, disposée, nous l'avons dit, comme une écurie. Mais il y avait une cale asez profonde au-dessous du plancher des chevaux et dans laquelle on pénétrait par une ouverture pratiquée au milieu même de l'écurie.

—C'est en bas que nous serons à l'aise, dit John, qui descendit encore le premier.

L'Écossais le suivit, portant toujours Shoking dans ses bras. Personne ne savait ce que voulait faire John; mais Shoking avait les plus affreux pressentiments. La calle était à peu près vide. Cependant quelques bribes de fumier et une brassée de paille se trouvaient dans un coin.

—Mes enfants, dit alors John le rough, nous sommes ici au-dessous du niveau de l'eau; d'ailleurs la calle n'a pas de sabords. Je vais fermer le grand panneau et nous serons chez nous. S'il plaît à Sa Seigneurie de crier, elle le fera tout à son aise; je ne pense pas que ses cris soient entendus.

—Les misérables! pensait Shoking, dont le coeur ne battait plus, ils vont peut-être m'écorcher vif.

John prit une poignée de paille, la porta au milieu de la calle et y mit le feu.

—Je ne comprends pas, dit Macferson qui avait déposé son fardeau sur le plancher.

Shoking non plus ne comprenait pas.

Mais il fut bientôt fixé, lorsqu'il vit John lui délier les jambes et lui ôter ses chaussures.