L'abbé reprit la guinée, mais il tendit les bras à Paddy et l'embrassa avec effusion, en répétant:

—Vous êtes un brave homme, Paddy, et Dieu vous tiendra compte de ce que vous avez fait.

Et l'abbé sortit, visiblement ému.

Quand le prêtre fut parti, la femme de Paddy rentra. Paddy avait des larmes dans les yeux.

—Qu'as-tu donc? fit la mégère. Le prêtre a gobé ce que tu lui as dit? Miss Ellen sera contente, alors?

Paddy serra les poings!—Ah! misérable que je suis! Mais sa femme eut un éclat de rire.—Tu me fais pitié, dit-elle. Quand on est de pauvres gens comme nous, on sert qui nous paye!...

Paddy ne répondit point, mais il sortit et s'en alla du côté de la Tamise. Il avait besoin du grand air. Sa trahison lui remontait à la gorge et l'étouffait. Car évidemment cet avis charitable qu'il venait de donner à l'abbé Samuel était une trahison, puisque miss Ellen l'avait inspiré!

XXIX

Comme on le pense bien, l'abbé Samuel était sorti de chez Paddy en proie à une vive agitation. La retraite de l'homme gris était découverte. Il est vrai qu'on le prenait pour John Colden, mais il pouvait arriver que les misérables qui recherchaient le condamné à mort le prissent pour lui et le livrassent à la police, qui le reconnaîtrait et le déclarerait de bonne prise. L'abbé Samuel savait, du reste, une chose, c'est qu'en Angleterre l'industrie privée est toujours plus intelligente et plus hardie que les institutions publiques.

La police, rouage municipal, recherchait l'homme gris et John Colden. Le danger était réel, mais on pouvait le conjurer. Mais quatre hommes se réunissaient et, en vue de partager la prime offerte, entreprenaient la même besogne, le danger était mille fois plus grand. L'Anglais qui veut gagner de l'argent fait des prodiges. Donc l'abbé Samuel, en sortant de chez Paddy, n'hésita pas un moment; il prit le chemin de l'église Saint-George qui, d'ailleurs, était à deux pas.