Néanmoins, ce personnage ne s'éloigna pas tout de suite. Les Irlandais se pressaient autour de lui et quelques femmes déguenillées, portant leurs enfants demi nus, lui tendirent la main. Le gentleman fit un signe, et son groom se mit à distribuer des shillings et des demi-couronnes. Un vieillard s'approcha à son tour: c'était un vieux soldat de marine, qui avait perdu un bras. Le gentleman lui mit une guinée dans sa main unique et lui dit, en lui désignant le prêtre irlandais qui s'était arrêté à quelques pas.
—Mon ami, vous voyez ce digne homme? c'est l'abbé Samuel.
—Oh! je le connais bien, dit le vieillard. Et quel est le malheureux, à Londres, qui ne le connaît pas?
—Eh bien! veuillez aller à lui et priez-le de s'approcher de moi.
Mais le prêtre avait compris le geste, le regard, et il s'empressa de venir au gentleman.
—Monsieur l'abbé, lui dit-il, voulez-vous accepter une modeste offrande pour votre église?
Et il tendit au prêtre stupéfait un petit portefeuille en cuir de Russie, qui renfermait sans doute une poignée de bank-notes.
Mais l'étonnement de l'abbé Samuel ne provenait plus de la générosité du gentleman; il avait une tout autre cause. Le prêtre avait reconnu cette voix, la seule chose qui restât de l'homme gris, dans ce parfait et respectable gentleman. La foule se tenait respectueusement à distance, et ne pouvait entendre ce qu'ils disaient.
—Eh bien! fit le gentleman en souriant, puisque vous ne me reconnaissez pas, pourquoi voulez-vous que les hommes de Scotland-yard me reconnaissent?
Et s'il me prenait fantaisie de me présenter chez vous demain en mendiant, et le front couvert de cheveux blancs, vous me feriez l'aumône. Ainsi donc, rassurez-vous, et à demain...