Il vous est arrivé souvent, nous le savons, de prodiguer vos soins et vos aumônes à des malheureux appartenant à notre communion.

—Tous les hommes sont mes frères, répondit simplement l'abbé Samuel.

—Nous aussi, reprit le clergyman, nous pratiquons votre maxime, et c'est ce qui fait qu'un malheureux catholique est entre mes mains et va mourir, en dépit de nos efforts et de nos soins. A la dernière heure, le pauvre homme réclame vos consolations; les lui refuserez-vous?

—Je suis prêt à vous suivre, dit l'abbé.

—Eh bien! venez...

Et le clergyman héla un cab qui passait vide, au coin de la place.

XXXI

Le cab monta rapidement vers le pont de Londres. L'abbé Samuel était tellement absorbé qu'il n'avait pas entendu les indications données au cabman par le clergyman. Le pont de Londres est peut-être le plus encombré du monde. Des milliers de voitures s'y croisent en tous sens et à toute heure, et souvent la circulation s'y trouve momentanément interrompue. Quand le cab fut au milieu, il fut contraint de s'arrêter. Alors l'abbé Samuel put embrasser d'un regard cet immense panorama de la Tamise, et cet horizon, sans limite, de toits, de chapelles et de clochers qu'on appelle Londres. Le clergyman, étendant la main, lui montra la coupole étincelante de Saint-Paul, qui resplendissait sous un pâle rayon de soleil, à travers le brouillard. Regardez, lui dit-il, c'est là que nous allons.

—A Saint-Paul? fit l'abbé Samuel en tressaillant.

—Comment donc un catholique se trouve-t-il dans votre église?