Eh bien! regardez plus loin encore, sur la gauche, au milieu de ces pauvres maisons enfumées du Southwark? Voyez-vous cette humble église? Voyez-vous ce clocher qui monte dans le ciel brumeux, c'est Saint-George.

Saint-George est notre temple à nous, et il est l'égal de Saint-Pierre de Rome, la vieille basilique, et l'autel où nous montons est le même que celui où montaient les premiers prêtres chrétiens, il y a dix-huit cents ans.

La doctrine que vous prêchez est d'hier, et pourtant vous êtes aussi divisés que des frères ennemis, et chacun de vous a une foi nouvelle, et chacun veut être pontife et avoir ses disciples.

Nous, nous n'avons qu'un autel, comme nous n'avons qu'un chef.

Vous placez dans vos temples tout neufs les statues de vos grands hommes, mais nous, à travers les siècles, à travers les âges barbares, nous avons conservé les oeuvres des maîtres, qui étaient grands surtout parce qu'ils croyaient.

Que notre église soit la cathédrale orgueilleuse ou l'humble chapelle irlandaise, elle restera debout au milieu des orages, car la foi est éternelle.

Ah! vous me montrez Londres, la ville immense, et vous me dites: Voilà notre empire! Je vous montre, moi, ces pauvres maisons qui entourent une misérable église, et je vous dis: Nous sommes plus riches que vous!

La parole de l'abbé Samuel était devenue sonore comme les sons graves de l'orgue; à son tour il tenait courbé sous son regard cet homme qui avait méprisé sa jeunesse et sa foi.

Et, quand il eût fait un geste pour que le révérend Peters Town lui livrât passage, celui-ci s'écarta tout frémissant.

Et l'abbé Samuel, la tête haute, calme, sublime, quitta cette terrasse de la tentation, gagna l'escalier du dôme et descendit.