Tous ceux qui se trouvaient dans le public-house étaient également sortis et avaient tous reconnu Paddy; vers le milieu d'Adam's street, le personnel d'une autre taverne s'était joint à cette petite escorte qui suivait déjà les policemen portant le cadavre. En moins d'un quart d'heure tout le quartier s'était trouvé en rumeur. On avait transporté Paddy chez lui, tandis que la malheureuse femme allait le chercher dans Queen's tavern. Les enfants éveillés en sursaut, voyant leur père mort, avaient témoigné le plus violent désespoir.
Les policemen étaient allés éveiller le magistrat de police du quartier, et celui-ci arrivait au moment même où Lisbeth, de retour aussi, se trouvait en présence du cadavre de son mari.
D'abord la pauvre femme avait été frappée de mutisme. Elle voulait pleurer, mais ses yeux étaient sans larmes; elle voulut crier, sa gorge ne laissa passer aucun son. Le magistrat interrogea tour à tour plusieurs personnes, mais nul ne put lui fournir aucun renseignement.
Paddy était sorti de prison l'avant-veille; on ne lui connaissait pas d'ennemi, et il était trop pauvre pour qu'on pût supposer qu'il avait été assassiné par des voleurs. A la fin Lisbeth put jeter un cri. La voix lui revint pleine de sanglots.
—Oh! s'écria-t-elle, c'est le prêtre!
—Quel prêtre? demanda le magistrat de police.
—Le prêtre catholique!
—Qui a assassiné votre mari? fit encore le magistrat avec un étonnement croissant.
Lisbeth avait maintenant l'oeil flamboyant, les narines dilatées, et l'instinct de la vengeance lui donnait des forces et éveillait en elle une sauvage énergie.—Oh! non, dit-elle, ce n'est pas le prêtre qui a frappé, mais ce sont les hommes qui lui obéissent. Le magistrat crut saisir un premier indice dans ces paroles.—Madame, dit-il, expliquez-vous clairement. Sur notre libre terre d'Angleterre, les meurtriers sont toujours punis.
—Un prêtre catholique, un Irlandais, reprit Lisbeth, dont les sanglote couvraient la voix, nous a fait du bien, car nous étions bien misérables.