Ce que la police anglaise a d'admirable, c'est qu'elle ne repousse personne et ne dédaigne aucun renseignement, si insignifiant qu'il puisse être. Le policeman fit un signe de tête affirmatif. Puis il frappa à la porte, qu'un des policemen placés à l'intérieur entr'ouvrit. On entendait toujours à travers cette porte les cris de douleur des deux enfants. Mais Lisbeth, ivre de vengeance, parlait d'une voix nette et brève, accumulant preuves sur preuves pour perdre l'abbé Samuel. Le policeman de l'intérieur transmit au magistrat de police les paroles de son collègue. Le magistrat donna l'ordre de faire entrer l'homme qui disait avoir des renseignements à fournir. Cet homme entra.
—Qui êtes-vous? lui dit le magistrat.
Ce personnage qui, jusque là, s'était exprimé en très-bon anglais, eut alors un accent allemand très-prononcé.
—Mylord, dit-il, je suis Allemand et médecin.
—Votre nom?
—Conrad Hauser.
—Vous avez des renseignements à nous donner? Parlez...
—Je puis vous faire connaître l'assassin de cet homme. A ces paroles, Lisbeth se leva frémissante.
—Ah! si tu fais cela, dit-elle, je te bénirai, et je consens à aller nu-pieds toute la vie, ajouta-t-elle, se servant d'une formule usitée parmi le peuple de Londres et dont le sens est intraduisible.—Ah! vous connaissez l'assassin? Il faut nous le nommer, dit le magistrat.
—Je ne le connais pas, mais si Votre Honneur donne les ordres que je demande, je pourrai montrer son portrait à tout le monde.