—Et moi je ne le suis pas, dit l'homme gris.

Sa voix était grave et trahissait une certaine émotion. Ils passèrent le pont et il continua: —Écoute bien ce que je vais te dire. On a assassiné un homme, et on accuse l'abbé Samuel de ce meurtre. La police qui soupçonne, et elle n'a pas tort, l'abbé Samuel d'être un des chefs les plus actifs du fenianisme, va être enchantée du prétexte. Elle l'arrêtera de confiance, comme on dit en France.

—Oui, mais l'abbé prouvera son innocence.

—Ce n'est pas lui, c'est moi, en désignant le meurtrier.

—Alors, on rendra le prêtre à la liberté.

—Non. Quand la justice anglaise veut faire traîner un procès, elle est merveilleuse de chicanes. On gardera l'abbé Samuel en prison, jusqu'à l'arrestation du coupable, et la police s'arrangera de façon à ne pas l'arrêter.

—Alors qu'allons-nous faire?

—Une chose bien simple. Le magistrat de police n'a pu donner des ordres encore. Nous allons prévenir l'abbé Samuel. Pour qu'il s'enferme dans son église et n'en bouge plus.

—Mais, dit Shoking, on l'arrêtera à l'église?

—Mon bon Shoking, dit l'homme gris, je vois qu'il faut que je t'apprenne les lois de ton pays, moi qui ne suis pas Anglais. Le moindre policeman peut, sans ordre d'arrestation, prendre au collet un homme dans la rue et le conduire à Scotland yard; mais pour pénétrer chez lui, il faut un ordre du lord chief justice. Et pour pénétrer dans une église et y arrêter un prêtre, même un prêtre catholique, il faut que le lord-chief justice en réfère au parlement. C'est deux jours de gagnés.