XLIII
L'abbé Samuel fut donc conduit à Newgate. Le bon et jovial sous-directeur n'avait pas revu le prêtre irlandais depuis l'exécution manquée de John Colden. Il se montra donc fort étonné en voyant l'abbé entrer dans le greffe, escorté par trois policemen. Ceux-ci montrèrent l'ordre d'arrestation.
Le sous-gouverneur n'en pouvait croire ses yeux. Outre que l'accusation lui paraissait absurde, il n'avait pas reçu d'avis préalable, ce qui se fait toujours. Il jura donc qu'il y avait au moins méprise sur ce dernier fait, et que c'était soit à Bath square, soit à Mil banck, qu'on aurait dû conduire le prisonnier. Mais l'ordre était formel; il ne portait aucune mention particulière qui précisât le régime auquel il devait être soumis.
Le sous-gouverneur fit mettre l'abbé Samuel dans la cellule la plus confortable de la prison, et lui témoigna les plus grands égards. Le jeune prêtre était résigné. Il savait bien que son innocence serait démontrée, mais il savait aussi qu'il avait un ennemi implacable dans le révérend Peters Town, et il connaissait la puissance de cet homme.
—Si on ne peut frapper l'assassin en moi, se dit-il, on frappera l'Irlandais. Et il se prit à soupirer en pensant à tous les pauvres gens dont il était la consolation et qui ne le reverraient peut-être plus.
Cependant, son séjour à Newgate devait être de courte durée. Il y était à peine depuis trois heures que la porte de sa cellule s'ouvrit livrant passage au sous-directeur. Celui-ci était plus joyeux encore qu'à l'ordinaire, et il tendit les mains à l'abbé Samuel.
—J'ai de bonnes nouvelles à vous donner, lui dit-il, on vient de me transmettre le dossier et je suis au courant de votre affaire. Vous êtes accusé du meurtre d'un homme du Southwark, appelé Paddy, mais sa femme seule vous accuse, et peu de gens croient à cette accusation. Par conséquent, il ne vous sera probablement pas difficile de vous disculper.
—Je l'espère, dit le prêtre.
—On va vous conduire devant le magistrat, poursuivit le sous-gouverneur, et vous serez confronté avec le cadavre. Puis, il est probable que vous serez admis à fournir caution, et qu'on vous remettra en liberté.
—Hélas! dit le prêtre, pour fournir caution, il faut avoir de l'argent, et beaucoup.