—Parce que vous pouviez me dire deux mots à l'oreille, et, avec le concours du magistrat, nous l'eussions fait arrêter.
—Rien n'était plus facile. Mais telle n'était pas mon intention, dit froidement miss Ellen.
En ce moment le hanson s'arrêta. Mais le prêtre anglican était si bouleversé qu'il ne s'aperçut pas qu'ils étaient arrivés à la porte de sa maison dans Elgin Crescent.—Venez, dit miss Ellen, je vous expliquerai ma conduite quand nous serons dans votre cabinet. Et ils entrèrent.
XLIX
Un homme attendait le révérend dans son cabinet. C'était le jeune clergyman qui, la veille, avait attiré l'abbé Samuel à Saint-Paul. A la vue de miss Ellen, il voulut se retirer; mais la jeune fille lui dit:—Vous pouvez rester, monsieur; je sais que vous êtes le bras droit du révérend et je puis parler devant vous.
Le révérend n'avait plus figure humaine. Lui, ordinairement d'une pâleur ascétique, était devenu rouge comme un homard cuit; une écume blanche frangeait ses lèvres, et il avait l'oeil stupide et rond comme un bouledogue après le combat. Miss Ellen s'assit. Elle était aussi calme, aussi souriante que le révérend était agité.—Écoutez-moi bien, dit-elle alors.
Le jeune clergyman baissait modestement les yeux, ébloui qu'il était par la rayonnante beauté de la patricienne.
—Quand je suis venue à vous, que vous ai-je dit? Je vous ai dit ceci: il y a un homme que je hais de toutes les puissances de mon âme, parce que cet homme m'a humiliée. Voulez-vous vous associer à ma vengeance? Et vous m'avez répondu: oui, n'est-ce pas?
—Sans doute, dit le révérend.
—Alors, si je n'ai pas fait arrêter cet homme aujourd'hui, si je suis sortie familièrement avec lui, c'est que ma vengeance n'est pas encore prête, et que nous avons autre chose à faire auparavant.