—Oui, parce que mistress Burton n'a rien à me refuser. Mais vous me permettrez de ne pas vous y suivre, n'est-ce pas?

—A votre aise, dit le major. Sur ce dernier mot, le baronnet Charles Mitchell souleva le marteau de la porte, et l'enfer s'ouvrit devant eux...

II

La porte s'ouvrit. Le major et son jeune compagnon se trouvèrent dans une allée presque noire, à l'extrémité de laquelle vacillait un point lumineux, c'est-à-dira une petite lampe suspendue à la voûte et que le courant d'air de la porte avait laissé éteindre. Si l'enfer de mistress Burton était un lieu de délices, à coup sûr l'entrée n'en donnait pas le programme. La porte s'était ouverte et refermée toute seule, grâce à un cordon tiré de l'intérieur et à un contrepoids formé par un ressort à boudin.

—Hé! dit le major, cela n'a pas précisément l'air d'un palais.

—Vous verrez, répondit Charles Mitchell. Ils suivirent l'allée jusqu'au bout et, verticalement au-dessous de la petite lampe, ils trouvèrent une seconde porte. Alors le baronnet frappa deux petits coups distincts, puis un troisième un peu plus fort. C'était la manière usitée par les habitués de la maison. Cette seconde porte s'ouvrit et les deux visiteurs passèrent d'une demi-obscurité à une lumière plus vive. Ils se trouvaient en effet dans ce que les Anglais appellent le parloir. C'était une petite salle fort déserte, mais dépourvue de tout luxe. Il y avait du feu dans la cheminée, auprès du feu une bouilloire pour faire le thé, au milieu une table qui supportait une petite nappe et des tartines beurrées, et auprès de cette table une respectable lady à cheveux blancs qu'elle portait en longs repentirs, les mains ornées de bagues, proprette, grassouillette; ayant dû être fort jolie il y avait trente ou quarante ans, et qui avait conservé un fort beau sourire et un bel oeil noir plein de feu. On eût dit l'épouse vénérée de quelque haut magistrat ou de quelque alderman de la Cité.

—Bonjour, maman Margaret, dit le baronnet sir Charles Mitchell en saluant la vieille dame et lui baisant respectueusement la main.

—Bonjour, mon fils bien-aimé, répondit la dame avec l'accent onctueux d'une véritable aïeule. En même temps, elle regarda le major avec curiosité. Le baronnet prit celui-ci par la main et dit:

—Maman, je vous présente un de mes bons amis, un parfait gentleman comme vous voyez, le major Waterley.

La vieille dame s'inclina avec autant de grâce et de légèreté qu'eût pu le faire une femme de pair aux réceptions de Sa Majesté la reine Victoria.—Vous pouvez entrer, mes enfants, dit-elle ensuite.