Et, à partir de ce moment, mistress Fanoche fut en proie à une véritable panique. Néanmoins elle se conforma aux avis mystérieux renfermés dans la iettre, elle ne la montra point à Mary et exigea même que celle-ci s'allât coucher, son service fini. Puis, au lieu de se mettre au lit elle-même, elle demeura dans ce petit salon qui donnait sur le jardin et dans lequel, un soir, Shoking et l'homme gris avaient pénétré si brusquement. Là, anxieuse, tremblant au moindre bruit, elle attendit. La soirée s'écoula; elle entendit sonner minuit à toutes les paroisses du voisinage: puis deux heures du matin, puis trois et quatre. Le visiteur mystérieux ne se présentait pas. Mistress Fanoche commençait à espérer vaguement qu'on l'avait mystifiée. Mais, tout à coup la sonnette tinta.

Alors la nourrisseuse d'enfants sentit tout son sang affluer violemment à son coeur. Un moment même elle crut qu'elle n'aurait pas la force de bouger. Mais enfin, elle se leva, chancelant, elle sortit de la maison et traversa le jardin. Arrivée auprès de la grille, elle respira plus librement. Elle avait reconnu une femme dans la personne qui sonnait. Elle ouvrit la grille et une voix jeune et fraîche lui dit:—Vous êtes bien mistress Fanoche?

—Oui, dit-elle.

—Je suis la personne que vous attendez, dit miss Ellen, car c'était elle. Et la patricienne entra, ajoutant: Je suis la fille de lord Palmure.

VII

Miss Ellen suivit mistress Fanoche, qui la conduisit dans le petit salon où elle était tout à l'heure. La nourrisseuse d'enfants avait commencé à respirer en voyant une femme; elle se rassura presque entièrement en entendant prononcer le nom de lord Palmure. Un lord qu'on avait ainsi traité dans son jardin à elle, mistress Fanoche, et qui n'en avait pas tiré vengeance, devait être un homme de moeurs douces et par conséquent peu à craindre. Et puis, enfin, il n'était pas question de l'homme gris, le personnage tant redouté. Cependant, lorsque miss Ellen eut relevé son voile et que son oeil se fut arrêté sur mistress Fanoche, cette dernière ne put s'empêcher de tressaillir.

—Madame, dit la jeune fille, je n'ai pas le temps de vous faire un long discours; et je vais vous expliquer en deux mots le motif et le but de ma visite nocturne. Vous avez été nourrisseuse d'enfants? dit miss Ellen.

—J'ai tenu un pensionnat, répondit mistress Fanoche.

—Vous aviez l'habitude de faire noyer les enfants...

—Oh! quelle calomnie!... s'écria mistress Fanoche, qui devint tout à coup livide.