Le jour naissait, comme il naît à Londres. C'est-à-dire que le brouillard devenait rouge et transparent et que les arbres du jardin apparaissaient peu à peu au travers. Miss Ellen dit à mistress Fanoche:—Puisque vous avez toujours peur de l'homme gris, venez avec moi, je vais vous mettre en lieu sûr.
—Où me conduisez-vous donc? demanda la nourrisseuse.
—Chez le révérend Peters Town, l'homme le plus puissant de Londres.
—Je n'ai jamais entendu prononcer ce nom-là, dit-elle.
Miss Ellen sourit: Mais, fit-elle, on vous a parlé de l'archevêque de Cantorbéry? Eh bien! le révérend Peters Town lui donne secrètement des instructions.
A la suite de son entretien avec miss Ellen, mistress Fanoche voyait clairement une chose; c'est qu'elle était doublement perdue, si elle n'obéissait pas aveuglément.—Soit, dit-elle, je suis prête à vous suivre.
Miss Ellen remit son manteau et en baissa le capuchon sur sa tête. Mistress Fanoche jugea inutile de réveiller Mary l'Écossaise et de lui apprendre son départ. Quelques minutes après, les deux femmes montaient dans le cab que miss Ellen avait laissé à la porte.—Elgin Crescent! dit-elle au cabman.
Le révérend Peters Town attendait sans doute la visite de miss Ellen, car à peine le cab fut-il arrêté à sa porte que cette porte s'ouvrit et que le prêtre anglican vint à la rencontre des deux femmes.—Je vous présente mistress Fanoche dont je vous ai parlé, dit miss Ellen.
Le prêtre fit passer les deux femmes dans son cabinet et se prit à regarder, curieusement, la nourrisseuse d'enfants. Alors miss Ellen lui fit un signe mystérieux que le révérend comprit, car il la fit passer dans une pièce voisine laissant mistress Fanoche toute seule.
—Eh bien, elle consent?