—Au bord de la Tamise. Et j'ai mis l'enfant à bord d'un navire.
—Vous voulez dire, d'un bateau ponton qui sert de prison et qu'on appelle le Royalist? dit miss Ellen.
—Non, abord d'un navire qui doit lever l'ancre cette nuit et qui va en France. Cette fois miss Ellen recula; et elle regarda cet homme avec un redoublement de stupeur.—Voilà ma première raison, reprit-il avec un flegme parfait, voulez-vous la seconde?
—Mais parlez donc! s'écria miss Ellen en frappant du pied.
—Il fallait mettre l'enfant en sûreté.
—Et vous avez choisi un navire qui quitte l'Angleterre dans quelques heures?
—Non, je vous ai trompée, tout à l'heure, il est parti, le navire, avec l'enfant et la mère...
Miss Ellen jeta un cri.
Alors, il y eut comme un coup de théâtre. Cet homme à cheveux blancs et que l'âge paraissait avoir voûté, se redressa tout à coup; ses cheveux blancs tombèrent comme par enchantement. Le front laissa échapper une membrane plissée, semblable à celle que les pères nobles portent au théâtre, et suivit la perruque sur le parquet; les lunettes bleues prirent le même chemin; sa voix chevrotante devint claire, sonore, pleine de notes moquantes, et ce personnage ainsi transformé se mit à rire et dit:—Mais vous ne me reconnaissez donc pas, miss Ellen?—L'homme gris! s'écria-t-elle.
—Parbleu! dit-il, vous auriez dû le deviner auparavant. Allons, miss Ellen, allons, c'est encore une partie perdue, et il en faut faire votre deuil. Elle le regardait, comme la vipère écrasée mais vivante encore, doit regarder l'homme dont le talon lui a brisé les reins.