—Alors, dit Tom, il vous a certainement donné un mot de sa main?
—Non, il a fait mieux que cela, il m'a donné son portefeuille pour vous le remettre, en vous priant de le serrer dans son secrétaire. Et M. Simouns tendit à Tom, un peu interdit, le portefeuille du révérend, duquel il avait extrait, du reste, l'ordre d'arrestation signé par le lord chief justice. Si Tom eût vu M. Simouns pour la première fois, peut-être se fût-il défié tout de même, et fût-il allé jusqu'à supposer que le révérend était tombé aux mains d'une bande de voleurs. Mais Tom avait déjà vu M. Simouns en grande conférence avec son maître. En outre, le portefeuille renfermait des banknotes, et quel est le voleur qui rend un portefeuille ainsi meublé? Tom ajouta donc une foi pleine et entière aux paroles de M. Simouns.—Ah! fit-il, s'il en est ainsi, venez. Je vais vous livrer la petite dame.
Mistress Fanoche, on le sait, avait entr'ouvert sa porte sans bruit et elle avait entendu une partie de ce dialogue. Alors, la peur s'était emparée d'elle. On venait l'arrêter! Et elle avait essayé de se traîner jusqu'à la fenêtre et de sauter dans le jardin.
Mais elle n'en avait pas eu la force et lorsque M. Simouns et le nègre, conduits par Tom qui s'était armé d'un flambeau, arrivèrent, ils la trouvèrent étendue sans connaissance sur le parquet.
—Eh bien dit M. Simouns, j'aime autant cela. Nous n'aurons pas besoin de lui mettre un bâillon pour l'empêcher de crier. Il fit un signe au nègre Shoking,—car on doit l'avoir reconnu,—prit mistress Fanoche à bras le corps et la chargea sur son épaule.—En route, dit M. Simouns. Shoking et lui avaient laissé à la porte un fiacre à quatre places. Ils y déposèrent mistress Fanoche évanouie; puis M. Simouns souhaita le bonsoir à Tom, l'engageant à se coucher, car, disait-il, le révérend Peters Town ne devait pas rentrer cette nuit-là; et ils montèrent dans le fiacre en disant au cabman: Conduis-nous à la station de police.
—Mais, dit alors Shoking, je croyais que nous allions à Newgate, maître. Alors, qu'allons nous faire à la station de police?
—C'est ce que tu vas voir. Nous allons chercher le dossier de mistress Fanoche. Tu penses bien, dit-il, qu'il faut que la misérable soit pendue. Et pour qu'elle soit pendue, il faut que le magistrat qui l'a interrogée et l'a laissée libre sous caution, remette son interrogatoire et son dossier au gouverneur de Newgate.
—Mais puisqu'il l'a admise à fournir caution?
—Aussi ne saura-t-il pas ce que je veux faire du dossier que je vais lui réclamer de la part du révérend en lui montrant l'ordre écrit par le lord chief justice.
La station de police était à deux pas de la maison du révérend. Quand la voiture s'arrêta, mistress Fanoche était toujours évanouie.—Je te la confie, dit M. Simouns. Et il sauta lestement à terre et tira la sonnette de nuit de la station. Peu après, la porte s'ouvrit et se referma sur lui. Mistress Fanoche était toujours évanouie; cependant un soupir souleva sa poitrine, et Shoking se dit: Je crois qu'elle revient à elle. En effet, le premier soupir fut suivi d'un second, puis d'un troisième, et la nourrisseuse s'agita convulsivement sur la banquette du fiacre. Mais, en ce moment, on ouvrit la portière, et M. Simouns reparut, un immense portefeuille sous le bras. C'était le dossier de mistress Fanoche.—A Newgate cria-t-il au cocher.