LE CONGRÈS DE VIENNE

Le Congrès de Vienne a été mon dernier bal masqué du carnaval politique, et la Conférence de Londres mon jeudi de la mi-carême.

Un Congrès est une académie politique, où les visites préliminaires décident de tout. Les quatre matadors comptent la France comme une basse carte; il s'agit d'en faire un atout: Coupe et passe le roi. Un principe, un mot: Légitimité. Je les tiens tous.

On m'admet au Conseil. Je commence par brouiller les cartes et par mettre la puce à l'oreille de ces larrons, unis par la crainte, séparés par l'intérêt. Puis mêlant ma voix, celle de la victime, au quatuor du concert européen, les parties bien emmêlées, sous couleur de rétablir l'harmonie, je lève mon archet de chef d'orchestre de cette musique de chambre.

—Je suis ici le seul représentant de la Légitimité. Un roi détrôné par des rois est un exemple plus révolutionnaire, un plus grand ébranlement pour tous les trônes, qu'un roi renversé par un désordre législatif ou démocratique. L'œuvre du Congrès sera donc conforme au droit public.

—Cela va sans dire, répond Humboldt.

—Si cela va sans dire, cela ira encore mieux en le disant.

—Que vient faire ici le droit public?

—Il fait que vous y êtes.

—Vous aussi, dit Metternich, et vous ne devez pas mettre des bâtons dans les roues des Alliés.