À son culte pour Horace, le Boileau d'Auguste, le Roi Nichard joignait le goût d'écrire dans les gazettes satiriques et se plaisait à se voir découvrir sous son transparent incognito. Cela était facile à ceux qui connaissaient son faire. Ses articles étaient fort polis, fort soignés, et le plus ordinairement sans conclusion et sans but; il prenait sa correction pour de la chaleur et son élégance pour de la clarté. On reconnaissait l'Envoi du Roi, on vantait et on prônait au Château l'effet de ce style tout royal, et Sa Majesté Nichard disait, eu se frottant les mains: «Ce ne sont pas là des phrases à la Buonaparte.» En effet, il n'écrivait pas avec une plume d'aigle.

Il arrivait quelquefois qu'il recevait la monnaie des pièces à son effigie, et il trouva un jour ce joli mot, que je crois de Charles Nodier:

—Il faut aux Français un roi qui monte à cheval.

—Eh bien! prenez Franconi.

J'ai assisté à une audience qu'il avait donnée à Baour-Lormian, cet auteur de sombres tragédies sur lequel on a fait ce distique à propos d'un verre cassé:

Ce Baour-Lormian a d'étranges façons;
Il fait de mauvais vers, il en casse de bons.

—On m'a rapporté, lui dit le Roi, que vous vous étiez entretenu plusieurs fois avec monsieur Buonaparte; avait-il des connaissances littéraires?

—Sire, il jugeait assez bien l'ensemble et fort mal les détails. Il n'entendait rien ni au style ni à ce qui tient au goût; il ignorait les premières règles de la versification; et à ce sujet, je parlerai d'un vers d'Hector, de M. Luce de Lancival, qui lui avait singulièrement plu et qu'il affectionnait beaucoup:

La guerre a des attraits, prince, pour les grands cœurs.

Voici comment il le citait: